La capitale afghane s'est embrasée après la mort de civils tués par des soldats américains pris à partie par une foule hostile.
LES SOLDATS américains, à l'évidence, ont du mal à faire «la guerre après la guerre». En Afghanistan comme en Irak (lire article ci-dessous), une série de bavures ou de maladresses mettent à mal les opérations de stabilisation censées susciter l'adhésion des populations. A Kaboul, une poussée de fièvre antiaméricaine s'est produite hier après un accident de la route meurtrier.La capitale afghane s'est enflammée après l'annonce de la mort de plusieurs civils, tués par des soldats américains après un accident de la circulation. Le drame s'est produit quand un camion de la coalition, circulant en convoi dans la capitale, a percuté une dizaine de voitures, tuant au moins cinq personnes. Une foule en colère s'est aussitôt massée autour du convoi, le bombardant de pierres. Selon leurs supérieurs, les soldats américains auraient alors tiré en l'air pour se dégager, bientôt imités par des policiers afghans arrivés sur les lieux. Ensuite, les témoignages divergent. Certains parlent de tirs meurtriers des militaires américains contre la foule. Pour les autres, ce sont les policiers afghans qui sont à l'origine de ces tirs mortels.Déjà ulcérée par la mort d'au moins 16 civils lors d'une opération de la coalition dans le sud du pays, la semaine dernière, la population est descendue en masse dans les rues.Un contexte très tenduPlusieurs milliers de personnes – certaines armées de couteaux et de bâtons – ont manifesté dans divers quartiers, en scandant des slogans hostiles aux Américains et au président afghan Hamid Karzaï. Ces mouvements de foule ont dégénéré en bataille rangée avec les forces de l'ordre. Au total, ces heurts auraient fait au moins 8 morts et une quarantaine de blessés. Des postes de police, des bâtiments officiels et des dizaines de voitures ont été incendiés ou pillés. Les manifestants ont également exprimé leur colère devant des représentations étrangères, celles des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et d'Allemagne notamment. Le personnel de l'ambassade américaine, caillassée par la foule, a même été évacué tandis que le périmètre était dégagé à l'aide de tirs de sommation. Hier soir, le président Karzaï a accusé des «agitateurs» d'être derrière les émeutes. Et le couvre-feu a été décrété. Ces violences, inédites dans la capitale depuis la chute des talibans fin 2001, interviennent dans un contexte extrêmement tendu. Dans le sud et l'est du pays, le niveau de violence ne cesse d'augmenter depuis plusieurs semaines. Hier, toujours, une cinquantaine de talibans ont été tués lors d'un bombardement dans la province d'Helmand. Selon les autorités de la province, les rebelles auraient été tués alors qu'ils «s'étaient rassemblés pour une réunion dans une mosquée». L'armée américaine a implicitement confirmé le bilan, préférant cependant dans son communiqué le terme de «propriété» à celui de «mosquée», sur laquelle une bombe d'une tonne a été larguée.Le sujet est en effet des plus sensibles. La semaine dernière, le président Karzaï a convoqué le commandant en chef des troupes de la coalition pour lui demander de s'expliquer sur le bombardement d'un village du Sud, qui a fait de nombreux morts parmi les civils. Un bombardement américain dans la province de Kandahar, contre des talibans «réfugiés dans des habitations», aurait causé la mort de 16 civils selon les autorités afghanes. Un bilan porté à au moins 34 victimes par une organisation afghane des droits de l'homme et des témoins. La coalition estime que 80 talibans ont été tués ce jour-là. Elle nie avoir «bombardé» le village, parlant uniquement de «tirs de précision» effectués par des avions américains A 10. Des appareils qui peuvent tirer jusqu'à 4 000 obus de 30 mm par minute.La virulence croissante des talibans Plus de 400 personnes ont été tuées depuis dix jours en Afghanistan. La virulence croissante des talibans est de mauvais augure pour les forces de l'Otan, qui doivent se déployer dans le sud du pays prochainement. Suite à l'extension du mandat de l'Isaf (Force internationale d'assistance à la sécurité), des forces canadiennes, britanniques et néerlandaises doivent prendre le relais des soldats américains dans un certain nombre de zones à risques.L'état-major américain veut voir dans l'intensification des combats des raisons d'espérer. L'éruption de violences serait la conséquence d'une meilleure coopération entre les forces afghanes, celles de la coalition et celles de l'Otan, permettant de traquer les rebelles jusque dans leurs fiefs les plus retranchés. Un optimisme qui ne rassure guère dans les chancelleries occidentales dont des troupes sont déployées en Afghanistan.n Lire aussi page 19.